Paul-François Fournier, Directeur de l’innovation BPIfrance

Un niveau de financement des start-up sans équivalent depuis l’éclatement de la bulle Internet de 2000 ? L’information est signée de la NVCA (National Venture Capital Association) qui a décompté 13,4 Mds$ investis dans 1020 deals au 1er trimestre 2015… Aux Etats-Unis. De son côté, le blog Silicon 2.0 relevait au mois de mars la multiplication du nombre de start-ups valorisées à plus de 10 Mds$ outre Atlantique. En un an, Pinterest, Uber, Snapchat, Palantir, AirBnB et SpaceX ont rejoint Dropbox dans ce cercle qui compte donc 7 membres aujourd’hui.
La réalité française n’est pas aussi flamboyante. Si les groupes industriels sont de plus en plus nombreux à annoncer le lancement de structures d’investissement dans les PME innovantes (Orange, SAP, Allianz, Engie…), une étude révèle que les 212 start-up hébergés dans les accélérateurs étudiés par Fundacity forment un capital investissement de 1,8 M€ seulement (13,2 M€ pour 599 sociétés, à titre de comparaison, en grande Bretagne). Et s’agissant du financement par les marchés, la surface du Nasdaq est sans comparaison avec celle d’AlterNext.
Ce sont donc des structures publiques, et au premier chef Bpifrance qui se trouvent en première ligne pour accompagner les vedettes de la French Tech. Afin de soutenir en financement mais aussi, souligne Paul-François Fournier, pour les aider à entrer en relation avec les grands groupes.

 

« avec le Hub nous inventons le Meetic
de la relation entre start-ups et grands groupes »

 


Pourriez-vous qualifier la transformation numérique en trois adjectifs ?

SURPRENANTE, DESTABILISANTE, ENRICHISSANTE…

On évoque souvent la transformation numérique en termes de risques (de disruption notamment). Quelles sont les opportunités qui vous semblent les plus importantes ?

Certes la transformation numérique est potentiellement un risque, mais elle fourmille aussi d’opportunités. La premières est bien sûr de repenser, voire de concevoir, une véritable relation avec ses clients. C’est aussi l’occasion de développer de nouveaux canaux de ventes, de changer de modèle économique, d’adapter ses modes de management pour être plus souple et réactif,… Bref, dans la plupart des cas, les opportunités sont plus importantes que les risques… Encore faut-il saisir les opportunités avant que les risque ne se matérialisent…

Réussir la transformation, est-ce d’abord une question d’état d’esprit ? d’évolution du management et de l’organisation ? de mise en place de nouvelles solutions technologiques ?

La difficulté, c’est que c’est en général plusieurs choses à la fois. Comme toute structure à faire évoluer, on ne peut le faire en prenant chaque levier indépendamment des autres. La transformation, c’est changer de référentiel, d’écosystème… Il y une dimension systémique qu’il faut intégrer. C’est d’ailleurs ce qui la rend si difficile à mener pour les grandes structures. Le point de départ étant d’ailleurs la conviction et la force d’entrainement du dirigeant de mener cette transformation, et de surmonter risques, complexité d’exécution… Et solitude… Car en général, les impacts des nouveaux modèles du numériques restent longtemps invisibles ou microscopiques, ce sont plus des signaux faibles que de réels changements mesurables. Lorsque cela devient mesurable, c’est souvent trop tard, la dynamique est déjà en route et l’effet boule de neige difficile à contrôler pour une structure qui est restée statique, si importante soit elle.

Pour les jeunes pousses, aujourd’hui, l’enjeu est-il d’abord en termes de financement du développement ou de débouchés commerciaux ?

Pour la plupart des start-ups, le meilleur outil de financement, c’est une commande… cela représente du cash, bien sûr, mais aussi une référence qui peut en entrainer d’autres. C’est pour cela que la relation avec les grands donneurs d’ordres privés ou publics est si importante. C’est aussi une des clefs de la réussite de la Silicon Valley qui a réussi à faire que les groupes valorisent fortement la relation avec les start-ups pour s’adapter aux données du monde moderne.

Comment la BPI contribue-t-elle à cette transformation de l’économie française ?

Cela passe évidemment par des moyens de financement adaptés à l’enjeu. Nous sommes sur une trajectoire de doublement de nos moyens d’intervention, avec en 2014, plus d’un milliard d’euros qui ont financé des entreprises innovantes, dont les deux tiers vont sur des thématiques liées au numérique. Mais au-delà, nous souhaitons aussi participer de ce décloisonnement de l’économie française entre start-ups/PME et Grands Groupes. C’est pourquoi nous venons de lancer Bpifrance Le Hub, qui est le Meetic de la relation entre Grand Groupe et PME innovantes. Cela doit permettre aux groupes Français d’avoir une vision complète de leur écosystème de PME innovantes, quelque soit le secteur et le territoire. En quelques semaines, nous avons déjà une dizaine de clients comme Icade, Allianz ou Valéo. La dynamique est en marche !

Ancien élève de polytechnique et diplômé de Telecom ParisTech, Paul-François Fournier rejoint le groupe France Telecom Orange en 1994. Il y dirigera notamment le du Business haut débit de Wanadoo et mènera des projets stratégiques comme le lancement de la Livebox et de la voix sur IP.
Nommé à la direction du Technocentre d’Orange en 2011, il a rejoint Bpifrance en avril 2013, en tant que directeur exécutif de la direction Innovation.